Au réveil, petit déjeuné composé de thé et barres de céréales, puis l’on part à pied pour un petit kilomètre en vue de la sortie du camping où l’on se poste à nouveau le pouce en l’air. À nouveau deux longues heures à attendre.
Puis c’est carrément un convoi de trois beaux 4x4 qui s’arrête. Il s’agit d’un groupe de cinq jeunes australiens suréquipés. Leurs voitures sont archi-blindées de tout un armada de matos de camping, mais Paul, qui est seul dans la sienne, réussit à libérer le siège passager. On doit s’asseoir l’une sur les genoux de l’autre et bien sur, comme depuis bientôt vingt ans, c’est la grande sœur qui se retrouve en dessous ! ;-)
Paul nous rassure, la canette de bière qu’il tient dans sa main droite n’est que la première de la journée… ! Le groupe de potes vont à Lennard Gorge puis comptent dormir autour de Bell Gorge… Estelle et moi se regardons du coin de l’œil avec un sourire…
Paul voyage avec ses deux couples d’amis, et il est fier comme un coq d’avoir soudainement deux minettes sur son siège passager. Aussi quand on lui demande, il accepte avec plaisir de nous garder avec lui jusqu’au lendemain ! (Pas si dur le stop sur la Gibb River Road!) Un petit quart d’heure plus tard nous avons droit au premier « beer stop » réclamé par notre conducteur à ses potes via la « ci bi » (comment cela s’écrit-il ???). Et avant de redémarrer, nous voilà avec une cannette chacune dans la main. Notre conducteur explose de rire dès que nous parlons dans le talky-walky et ses potes nous y appellent sous le nom de « French Connexion »… Facile !
Plusieurs « beer stops » et traversees de rivieres plus tard, nous arrivons à Lennard Gorge.
On marche quelques kilomètres au sein de notre groupe qui en profite nous bombarder des habituelles questions : « Vous êtes là depuis combien de temps ? », « pas trop difficile le stop ? », « jusqu’où allez-vous comme ça » et un tas d’autres, en passant par l’éternel « Do you like it here ? » (vous aimez ce pays ?), dégustant notre réponse avec plein de fierté !
Puis on descend les rochers et l’on atteint un super trou d’eau idéal pour la baignade. On peut même plonger des rochers ! On dérange la sieste d’un Guana (Iguane ?) qui s’enfuit à ma grande surprise dans l’eau, ne laissant dépasser que sa tête !
On dirait pas mais il est bien bien gros l'animal !
Puis on part pour Bell Gorge. Encore une jolie promenade de quelques kilomètres dans le bush pour atteindre le haut d’une immense cascade trop belle ! Il fait bien nuageux et il pleuviote mais tant pis, nous voilà en maillots et nous descendons quelques mètres plus bas nous asseoir les puissantes chutes d’eau. La cascade ruisselle sur trois ou quatre énormes escaliers pour finir dans un grand bassin d’eau une petite dizaine de mètres plus bas. On peut voir qu’il y a beaucoup de fond. J’ai une envie irrésistible de sauter. Avec le brouhaha dégagé par la cascade, j’entend à peine les filles qui sont restées plus hauts me crier de ne pas le faire. Estelle qui est à côté de moi secoue la tête en me lancant « t’es folle ! ». Trop tard, je saute ! Une petite paire de secondes de pure adrénaline ! Trooooop bon, j’adoooooore !! Du coup un de nos compères mâles fait la même (alala l’orgueil masculin, rien à faire !). Puis notre conducteur suit son pote. Enfin, Estelle râle et me crie que je fais « chi… » car elle doit le faire elle aussi maintenant ! J’ai peine à croire que la sœur, qui dit avoir le vertige dès qu’on s’approche des falaises, fasse le pas. Mais quelques secondes plus tard elle nous rejoint en criant comme une furie ! La température de l’eau est bonne, probablement plus élevée que les températures extérieures et il est dur d’en sortir. On s’amuse à se pousser les uns les autres du bord des rochers hyper glissants ou encore à choper une cheville dès lors que l’un d’entre nous réussi enfin à se tenir debout, le faisant replonger immédiatement parmi nous ! Puis nos trois compères restés en haut de la cascade montrent des signes d’impatience et nous remontons lentement vers les véhicules.
Notre petit groupe décide de monter le camp pour la nuit au milieu du bush (c’est illégal puisque nous sommes dans un parc national, mais bon, nous suivons !). Ils font un énorme feu de camp et déploient tout leur matériel. C’est carrément le camping de luxe. En dehors des tentes c’est commes à la maison : tables, chaises, assiettes, même verres à vins ! Ils sont bien cool de nous avoir pris (et gardé) en stop, nous avons ainsi pu voir les gorges sans aucune difficultés, mais la soirée n’est pas des plus intéressantes, ils ne sont pas bien drôles ces jeunes ! Puis surtout, on est choquées avec Estelle de les voir jeter dans le feu tout un tas de déchets non biodégradables, tels que des cannettes de verres et d’aluminium ! On n’ose pas dire grand chose et au matin, on se charge de récupérer tout ça qu’on place dans un sac en plastique. Le temps qu’on plie la tente et qu’on range nos affaires et on ne trouve plus notre sac poubelle. Là, on découvre avec horreur que les gonz ont fait un gros trou qui s’avère être une poubelle, y ont jeté tous leurs déchets (et donc les notres !) et sont entrain de recouvrir le tout de terre… Nos interventions sur l’environnement à l’école primaire résonnent dans nos têtes et nous sommes carrément choquées ! En plein Parc National en plus !! On tente d’aborder le sujet sans paraître impolies et ils semblent plutôt surpris que l’on ne trouve pas ça « normal ». De toute façon le mal est fait, on doit se résigner.
Nos compères partent alors pour Manning Gorge et nous faisons toujours parti de l’équipe. Plusieurs heures plus tard, quelques kilomètres avant celle-ci, les conducteurs s’arrêtent à la Road House pour y faire le plein. Il s’agit de là où travaille Kelle, la jeune espagnole avec qui Macka nous avait amené pécher. Elle est trop contente de voir des têtes familières ! On tchatche un peu, elle nous dit qu’on peut sauter des rochers là-bas aussi… Parfait !
Nous voilà partis pour la gorge, nous reverrons Kelle à la road-house le lendemain matin. Estelle et moi sommes sures de rester au camping qui y est rattaché pour dormir mais notre équipe hésite. L’idée de nous séparer de ces jeunes ne nous déplait pas au contraire. Ils sont vraiment gentils avec nous mais nous préfèrerions rencontrer de nouvelles personnes qui nous correspondent mieux. On plante notre tente tandis que les jeunes décident qu’ils iront camper ailleurs. Ça nous convient très bien ! On part cependant tous ensemble pour la longue marche jusqu’à la cascade. On peut en effet sauter des rochers, mais c’est encore quelques mètres plus haut cette fois-ci !! Hésitation, cœur battant, puis je saute ! J’aurais vraiment eu une sacré dose d’adrénaline ces derniers jours !! Estelle met plus longtemps à se décider, mais elle finira par sauter d’un poil plus bas en criant « I’m craaaaazzyyyyyyy ! » ce qui fera exploser de rire notre équipe !
On a saute des rochers tous la haut
et (ici encore) croyez moi c'etait bien haut !!
Pique-nique, baignade, photos, puis notre équipe s’en va, alors qu’Estelle et moi restons pour explorer un peu plus cette gorge. On est carrément seules au sein de la belle gorge désormais. Trop bien ! On remonte un peu la rivière pour découvrir des petites plages de sable blanc pur au milieu des rochers rouges, celle-ci semblant venir d’ailleurs… Seuls les nuages qui nous suivent depuis quelques jours nous ferons un peu râler.
On rentre tranquillou au camping et on décide de faire un beau feu car c’est autorisé ici. Et après tout on n’a pas besoin d’individus masculins pour ça ! On part récolter du bois après une douche (froide encore une fois !). On en trouve relativement peu. Puis je vois Estelle sortir du fond du bush, avec une corde sur l’épaule (?) au bout de laquelle se trouve carrément un arbre !! Elle est morte de rire et m’annonce qu’elle va en ramener un autre ! La « Estelle » du le bush fait un peu moins pin-up que dans sa vie réelle ! :) Elle a trouvé la corde (qui nous servira alors d’étendoir à linge) sur le sol et les deux arbres sont bien morts. Bien joué ! Pour le coup, on se débrouillera comme des chefs et on aura un feu de camp MA-GNI-FIQUE ! On économisera même notre recharge de gaz en cuisinant nos noodles accompagné d’une boite de conserve sur celui-ci. Nous mangeons à notre faim et c’est même presque bon !
Cependant, la grande famille d’Australiens qui campent à nos côtés, semble être pris de pitié lorsque leurs gamins leur rapportent notre menu du soir. Nous venons de nous brosser les dents lorsque la mère de famille nous apporte des pommes de terre et « pumpkins » rotis (je crois que c’est de la courge, les Australiens en mangent tout le temps). On accepte, par politesse, hein !? ;) et cette fois c’est vraiment bon ! Puis la gamine agée de huit ou neuf ans débarque avec une assiette remplie de tranches de rôti de porc. Nous sommes trop mal à l’aise, mais elle nous assure que ce sont des restes. Bon, soit, on accepte alors ! Et enfin, un bon quart d’heure plus tard la toute petite de la famille accompagné de la maman nous amènent carrément le dessert !!!! Tranches de pain grillée tartinées de beurre et miel… LE LUXE !! Alors nous qui étions calées, nous avons carrément la peau du ventre tendue ! Voilà, c’est tout à fait ça l’Australie ! Les gens sont carrément trop sympa !
Au matin, Asher (le petit frère qui doit avoir cinq ans) a décidé d’interrompre notre petit-déjeuner par un beat-box très talentueux ! Tout le monde rigole, puis on partage avec l’armée de gamins nos petits ours en chocolats contre des mots en Français. On finit par tout plier et on part se poster le pouce en l’air à l’entrée de l’aire de camping. Une bonne demi heure plus tard, un pécheur jette nos sacs-à-dos dans son bateau et nous amène jusqu’à la road-house.
On a vu quasiment toutes les gorges que l’on voulait voir et l’on espère trouver un lift direct depuis la road-house jusqu’à la fin de la Gibb River Road, soit Kununura. Il reste un peu moins de quatre cents kilomètres de pistes. Nous nous contenterons d’observer cette portion par les fenêtres. Nous gardons cependant des provisions pour une journée au cas où l’on arrive pas à notre but en une fois, mais on est relativement confiantes.
Nous écrivons sur un morceau de carton le nom de cette ville que nous voulons atteindre, posons nos sacs à l’extérieur de la road-house et discutons avec Kelle en dégustant des excellents toast jambon, fromage, tomates, qu’elle nous a discrètement offert.
Kelle et Estelle
Puis je reconnais James, le scientifique qui nous avait amené avec sa partenaire du début de la Gibb River Road à l’intersection de Windjana Gorge. Je lui raconte avec fierté que l’on a réussi à voir quasiment toutes les gorges. Il m’apprend alors que lui et d’autres collègues de travail partent pour Kununura ce jour-même pour une recherche scientifique sur un autre site. Je lui demande s’il pense pourvoir nous faire de la place dans un de leur deux véhicules et une petite demi-heure plus tard nous sommes en route pour la-dite petite ville ! Vraiment trop chanceuses !!
La route sera longue. On roule relativement lentement car cette partie de la Gibb est bien accidentée.
On fait quelques poses, dont une dans un petit café aussi perdu au beau milieu que plein de charme. On déguste y leurs (parrait-il) célèbres scones (qui se révèlent être succulents !) en observant les innombrables mini oiseaux se nourrir sur les perchoirs à graines.
Petite dedicasse a Papa (si jamais il lit!) :
T'as vu ta carte postale?! On y etait, pas du pipo !
Ok, on doit l'avouer, pas super marrants ces scientifiques.
Mais quand meme, plus en accord avec nos ideaux... !
On arrive à Kununura au début de la nuit. Aussi petite que cette ville soit, il est étrange de retrouver la civilisation après tous ces kilomètres de rien ou de peu !
Les scientifiques ont prévu de dormir en camping et on les suit donc. On plante nos tentes et partons utiliser internet tandis qu’ils vont dîner en ville. Ils vont jusqu’à Katherine le lendemain, à cinq cents kilomètres et nous proposent de continuer la route avec eux si ça nous intéresse. Je suis tentée, mais Estelle l’est moins. Dans l’idéal, nous aimerions rejoindre Darwin en une traite, or eux ont prévu d’atteindre la ville dans la soirée. Nous avons cependant plus de huit cents kilomètres jusqu’à Darwin et je suis un peu sceptique mais Estelle insiste. On refuse donc la proposition en espérant trouver mieux… Et on verra bien !
On a hâte d’atteindre Darwin. Il y a là-bas plein de mes potes dont Estelle connaît la plupart : D’abord Seb et Charles avec qui j’ai bossé à Avignon puis vécu à Melbourne pendant quelques semaines. Puis il y a Andy (mon préféré !!) et une sacrée flopée de ses potes de Forcalquier : Ennio (qui bossait avec nous à Avignon), Heol (chez qui on avait dormi à Paris l’an dernier avec Estelle), Abel (qui est venu l’an dernier avec toute la clique passer une nuit à Mondragon à l’occasion du Darc) et enfin Bilou et François que je n’ai jamais rencontré.
Nous partons du camping à l’aube, marchons quelques kilomètres avec nos gros sacs-a-dos pour atteindre la route principale. On chope un morceau de carton, on y écrit Darwin, et l’on se poste sur le bord de la route. Derrière nous quelques mètres plus loin se dresse un panneau indiquant les kilométrages…
DARWIN 832
Que penserait un conducteur Marseillais voyant deux nanas arborant un morceau de carton indiquant « PARIS » ? ;-)
A suivre !
